
Louise Katz
6 avr. 2026
Pour répondre frontalement : on ne sait pas bien. Déjà que les modèles économiques de la presse et du spectacle vivant ne sont pas évidents pour ne pas dire "en crise" ou de façon plus optimiste
"en mutation", vous imaginez bien que si on se trouve à la croisée de ces deux mondes, ce n'est pas évident. Mais c'est ça qui est cool et passionnant.
On pourrait se dire que d'être sur deux secteurs économiques multiplie les sources de revenus, notamment côté aides et subventions. Eh bien non, ça ne marche pas comme ça. Mais alors pas du tout.
ENTRE DEUX SECTEURS
Côté presse, la principale difficulté, c'est que pour bénéficier des aides à la presse, il faut être reconnu comme un média par un organisme qui s'appelle la Commission Paritaire de Presse et des Agences de Presse (CPPAP). Alors, c'est très bien et très nécessaire que n'importe qui ne puisse pas se déclarer média. Mais, le problème quand on innove, c'est qu'on ne rentre pas dans les cases. Et c'est le cas du journalisme vivant qui n'est pas encore considéré comme un média. Du coup zéro aide à la presse : pas de soutien à l'émergence, pas de défiscalisation des dons, pas de TVA à 2,1% etc. Les conséquences sont lourdes surtout pour une petite structure comme Les 3 Ours et jouent aussi sur des choses un peu techniques comme la structure juridique de notre projet.
Côté spectacle vivant, la principale difficulté est la différence de temporalités entre les deux secteurs. Pour bénéficier des aides à la création et à la diffusion des spectacles, il faut qu'un spectacle soit co-produit ou au moins programmé dans plusieurs salles... Or, aux 3 Ours, c'est très difficile pour nous de savoir quel sera le sujet qui sera au cœur de l'actualité et quel journaliste sera disponible et assez inconscient pour avoir envie de monter sur scène à nos côtés ! Nos spectacles sont donc assez difficiles à programmer et ce d'autant plus que les salles bouclent généralement leur programmation en mars pour une saison démarrant en septembre. Là aussi ce sont des modes de fonctionnement qui nous amène à réfléchir et à infléchir notre scénario initial, notamment en essayant de développer des tournées (ce qui pose d'autres problèmes, notamment parce que les journalistes sont journalistes et pas comédien·nes). En attendant, vous l'avez compris : pas d'aide à la création ni à la diffusion non plus.
BILLETTERIE,VENTE DE SPECTACLES ET PRESTATIONS
A ce stade, vous avez compris que ce n'est pas facile. Pas facile, mais pas impossible non plus, puisque le Live Magazine produit des spectacles depuis plus de 10 ans. En attendant, comment on s'en sort, nous, aux 3 Ours ? D'abord et surtout, il y a la billetterie, ensuite les spectacles que nous vendons et enfin les prestations de formation ou d'éducation aux médias. Ajoutez à cela quelques recettes diverses, des aides indirectes et Les 3 Ours sont à flot (au prix de salaires temporairement minorés pour les 3 cofondateur·ices).
VERS LE DON ?
Dans les prochains mois, nous allons donc devoir réfléchir à une solide stratégie de développement. De nombreuses pistes s'offrent à nous et qui ne s'excluent pas les unes les autres. Parmi elles, une nous emballe autant qu'elle nous pose question : et si, grâce à un modèle basé sur le don, tous les spectacles des 3 Ours devenaient gratuits pour tout le monde ? Un rêve qui nous permettrait d'aller jouer dans les communes rurales, dans les quartiers, pour des petites jauges et qu'enfin nos spectacles d'information soient réellement accessibles à toutes et tous. Un joli rêve qui mérite qu'on y réfléchisse et auquel nous allons réfléchir dans les mois à venir.