
Louise Katz
11 janv. 2026
Voilà une question tout à fait pertinente tant les liens entre journalisme sur scène et média radiophonique sont nombreux !
Je ne suis pas la seule à le penser. C'est même le sujet d'un très bel article de Régis Delanoë dans le numéro #75 de Bikini (janvier-mars 2026), que vous pouvez lire gratuitement où vous retrouverez Les 3 Ours et d'autres expériences de média sur scène, comme le Radio Live d'Aurélie Charon. Un article qui tombait à point au moment où nous commencions à travailler le spectacle Dessine-moi le collège de la mixe-cité inspiré par l'enquête réalisée par Anna Benjamin en premier lieu pour l'émission de France Culture, Les pieds sur terre (la série s'appelle Le collège des possibles) et quelques semaines avant notre invitation au festival Longueur d'ondes.
DE NOMBREUSES SIMILITUDES
Si cette question nous a été posée dès notre premier spectacle, ce n'est pas un hasard. Nos spectacles d'information présentent de nombreux points communs avec l'esthétique et les codes du podcast. Sur le fond d'abord : nos spectacles proposent toujours un récit à la première personne, un format récurrent dans le podcast qui s'est imposé comme le média de l'intime et de la subjectivité, à tel point qu'on appelle son aminateur·ice "hôte", comme pour signifier qu'elle ou il vous reçoit dans son émission comme dans sa maison. Nos récits font ainsi une large place aux coulisses de la fabrique de l'information dans sa dimension professionnelle, mais aussi dans sa dimension intime, car les journalistes sont des êtres humains dont le quotidien vient parfois bousculer leurs enquêtes ou reportages.
Dans la forme ensuite : la durée de nos récits correspond plus ou moins à des durées podcast : 10-15 minutes pour nos récits les plus courts, 45-55 minutes pour les plus longs.
Enfin, nous avons volontairement inscrit nos spectacles dans une esthétique radiophonique : création d'un générique de lancement et d'un générique de fin, diffusion de sons, transitions musicales... Le son joue un rôle central dans la création de nos spectacles.
UNE FORMATION RADIOPHONIQUE
Si nous avons fait ce choix, ce n'est pas non plus un hasard. Julie Lallouët-Geffroy et Nathanaël Simon, avec qui j'ai cofondé les 3 Ours, ont tous les deux été journalistes radio. Tous les deux sont passionné·es de sons, de montages et de voix. Leur formation et leurs expériences professionnelles ont profondément influencé nos méthodes de travail. Ainsi l'écriture de tous nos spectacles se fondent sur une série d'entretiens enregistrés. Mais au lieu de procéder ensuite à un montage comme on le ferait pour un podcast, nous le montons en quelque sorte dans une version écrite que la ou le journaliste narrateur·ice retravaille et s'approprie ensuite pour le dire librement sur scène.
Cette influence de la radio est peut-être encore plus prégnante pour la seconde partie de nos spectacles consacrée à l'échange avec la salle. Julie Lallouët-Geffroy qui en est responsable construit cet échange comme une véritable émission de radio, séquencée en différentes parties et reposant sur la diffusion de différents extraits sonores. Enfin, l'interactivité des échanges fondée sur les questions que le public peut poser soit en levant la main, soit en envoyant ses questions par messages Whatsapp est très inspirée des émissions de société de radio, à l'instar du célèbre Téléphone sonne de France Inter.
LES 3 OURS, LE PODCAST, POURQUOI PAS ?
Pour toutes ces raisons, nos spectacles d'information se prêteraient parfaitement à une adaptation podcast. A noter que le live magazine s'était lui aussi laisser tenter par l'aventure du podcast avec La Filière en partenariat avec La Croix et diffusé par France Culture. Pour les 3 Ours, la tentation est forte, car cela permettrait assurément de faire rayonner notre travail plus largement que sur Rennes ou la Bretagne.
Mais c'est un choix qui n'irait cependant pas sans poser quelques difficultés, car il ne suffirait pas de brancher un enregistreur sur la console pendant une représentation pour y arriver.
Cela nécessiterait notamment une réécriture, car s'il y a de nombreuses similitudes entre ces deux médias, la scène et le podcast restent deux médias bien différents. On ne s'exprime pas de la même façon sur scène et en radio, notamment à cause de la dimension visuelle de la scène qui se trouve de facto totalement absente en radio.
Cela imposerait également un enregistrement spécifique pour réaliser un mixage de qualité, travailler davantage les habillages sonores et surtout pour la garder l'incroyable liberté de parole qu'offre un spectacle sans captation (voir notre article Et vous allez faire une captation ?)
Autant d'éléments qui impliqueraient des coûts supplémentaires.
Ce poserait alors la question du financement et du modèle économique.
On en revient toujours là.